Ne me touchez pas, je suis fragile, je dois vingt mille euros à l'Etat français...

Romane, surprise, leva stupidement les yeux vers lui et maudit tous les instincts du monde la seconde d'après. Il ne l'avait pas trahie. Aucun commentaire. Une main tendue ? Une trêve ? On s'emballe pas...
Mais l'inconscient ayant pris le dessus, elle avait levé les yeux, il était trop tard.
Leurs regards s'étaient croisés. Habituée, quoi qu'on en dise, elle contint la rougeur qui accompagnait toujours ces éternités-là la seconde suivante. Elle eut à peine le temps d'en absorber le vrai souvenir : l'émotion la prit si fortement qu'elle baissa encore les yeux, furieuse contre elle-même.
Elle sentit les yeux sombres fixés sur elle, et fut soulagée d'entendre badiner ses nouveaux « amis ». Les filles assaillaient de question l'un ou l'autre, et Dimitri se vit pris d'assaut par Sophie, blonde comme Marine, les yeux noisette, les formes outrageusement exagérées par la nature, un top bleu ciel signé le Temps des Cerises, la ceinture de même marque et le short en jean Levi's. La bomba... Une voix pas naturelle, mais d'usage :
« Dimitri, c'est quoi ton bahut ? »
Romane s'affola. Si on découvrait qu'ils fréquentaient le même lycée, il y aurait inévitablement des questions, une mise en relation, une confrontation, des choix... Et il l'emporterait : il l'emportait toujours.
« Je suis à P.... »
Sa voix...
Elle lui asséna un regard assassin, calculé cette fois, et ne rougit pas. L'engrenage de plusieurs années de haine cordiale lui revenait comme un mécanisme. A sa grande surprise, Dimitri eut un geste apaisant à son égard. Troublée elle perdit évidemment ses moyens, et ses lâches yeux chutèrent.
Marine, Garance et Sophie la toisaient. Elles s'interrogeaient évidemment sur son mutisme : pourquoi elle n'avait pas reconnu Dimitri, ne l'avait qu'à peine salué, tous ces petits illogismes qui rendaient croustillante cette première approche des nouveaux...
« Romane aussi d'ailleurs. On se connaît de vue : le bahut est grand... »
Sauvée. Par lui. Elle le détestait d'avantage. Lui devoir quelque chose la rendait simplement folle. Elle hocha la tête et d'une voix si ferme et si calme quand son c½ur s'affolait, elle se surprit à dire simplement :
« Oui, on n'a jamais été en cours ensemble. »
Et elle lui adressa un joli sourire en signe de cordialité. Elle vit que Dimitri la regardait avec amusement, et son ironie la fit fondre. Quel que fût le mal qu'il se préparait sûrement à lui faire, elle aimait cet homme.
Elle se rendit compte, en gardant son ½il accroché à lui alors qu'il se tournait de nouveau vers Sophie, que cela faisait un an, un an, qu'elle ne savait plus rien de lui, qu'elle ne l'avait observé qu'en catimini et succinctement , qu'elle n'avait plus entendu cette superbe voix. Le regard fixé sur son torse, en semi conscience, elle ne le vit pas lui adresser des coups d'½il surpris, puis rieurs.
Il portait une chemise blanche sûrement signée Armani, largement entrouverte, un slim noir, et des Converse orange pour rompre le côté classique. Au poignet une énorme montre signée Dolce Gabana soulignait son appartenance au genre.
Romane lui savait une fortune incommensurable, héritier de son père parti trop tôt...
Lui comme elle s'inscrivait dans les grandes fortunes neuilléennes. Aux deux extrémités du style : le m'as-tu-vu et la discrète.
Romane finit par se reprendre, et reprit son rôle, pour bientôt monopoliser la conversation avec Bruno, dans une joute très, très stylée, comme elle savait parfois faire. Garance riait aux éclats, Sophie rigolait et Marine ne souriait même pas. Les garçons, meilleurs publics, avaient les yeux fixés sur cette petite femme jolie et pas timide. L'été était prometteur.
Comme on annonçait la gare terminus, Seb dit :
« J'ai ma chambre perso, les dortoirs c'est à six, Dimitri tu vas pas te retrouver avec des beaufs et je pense que Mathieu veut Cyril et Damien dans le dortoir. Les habitudes... Ca te dit de partager avec moi ? Y a que des meufs en animation cette année, et je suis tout seul, comme un couillon dans ma chambre deux lits...
- Tranquille mec, ça me va, du moment que tu fais pas ton relou...
- T'inquiètes. T'as ici la plus grande bande de déconneurs et on n'est pas des saints... Tant que toi tu rapportes pas...
- T'es ouf, mec... »
Un rire et c'est chose entendue.
Marine parle à son tour :
« Romane, dans notre chambre y aura Louise et Manon, et Philippine n'a pas pu venir : elle est à LA. Tu veux dormir avec nous ?
- Génial. Merci beaucoup.
- Cette année on se promet des moments inoubliables, les mecs. Car c'est nos tout derniers. Après on est trop vieux... et ça me déprime, putain ! »
A l'unisson : « T'inquiètes ! »

# Posté le lundi 26 mai 2008 12:11

Toute angoisse est imaginaire ; le réel est son antidote. [André Comte-Sponville] Impromptus

La seconde qui lui fallut pour reprendre esprit et contenance ne sembla une éternité qu'à elle-même. Elle espéra vivement qu'on n'avait rien remarqué, et prit place auprès des garçons. Comme Marine avait, mine de rien, changé de place avec Sophie et siégeait près d'un brun aux yeux très clairs qui semblait plus âgé, elle sut qu'il s'agissait de Seb. Ladite Marine avait d'ailleurs mentionné quatre garçons quand ils étaient cinq. Il y avait Matthieu, sapé en Lacoste, les cheveux châtain trop longs, les yeux trop bleus, la bouche trop pulpeuse, le nez court, et la fossette craquante. Son sourire calculé aurait fait fondre jusqu'à la moins hétérosexuelle des femmes, mais Romane avait un côté blasé. Aristide, moins classique, alliait Diesel bleu ciel et Converses jaune fluo. Coupe du genre, cheveux très noirs, les yeux d'un vert troublant, les lèvres minces et la peau très mat : atypique et très séduisant. Romane ne manqua pas le regard implicite de Garance. Pas touche. Bruno était d'un banal décevant, mais Romane ne s'y trompa pas. Un physique pas terrible parmi des beaux gosses, mais pas assez laid pour faire figure de faire valoir : c'est le comique. Celui qui les attire comme des mouches car il est drôle, à l'aise, bien dans ses pompes. Style que Romane appréciait sans plus. A côté de Mathieu, le faire valoir, donc. Le beauf gentil qui ne croit pas à sa chance. La jeune fille n'eut pas même pitié. Blasée.

En face, superbe, Dimitri.

Evitant soigneusement de le regarder, Romane se concentra sur la conversation anodine de Seb et Sophie qui échangeaient leurs souvenirs de la Baule, à Pâques. Mathieu expliqua rapidement qu'ils étaient tous des habitués du camp, que c'était de la folie et de purs moments. C'était un accueil enthousiaste à la nouvelle venue. Romane fut reconnaissante, et échangea un premier regard complice avec le jeune homme. Regard intense de la part de Mathieu. Elle détourna les yeux, en alerte. Pas de blague... Et comme de rien, le garçon sembla prendre conscience lui aussi de la surprenante présence d'Apollon à sa droite... A une mesure toutefois bien moindre que Romane.

« On vous a pas présenté Dimitri...Un nouveau lui aussi, tout frais pour le bonheur de ces dames. »

Gloussements.

Romane ne risqua pas même un coup d'½il. Elle sentait son c½ur chavirer rien qu'à l'évocation de sa présence. Elle perçut cependant son changement de position, et visualisa très bien qu'il s'était penché en avant, les mains désormais croisées entre ses genoux écartés. Quelque chose se serra au creux de ses reins.

Elle savait qu'il ajustait son masque, et serra les dents, plissa les yeux, dans l'attente du choc : il allait parler, et entendre sa voix grave et sensuelle, son timbre de ténor, cette voix de mâle intensément séductrice... elle en frémissait malgré elle.

Elle aurait alors à prendre position.

La dénoncerait-il ? « Tiens Romane, qu'est-ce que tu fais là, pourquoi tu m'ignores ? »

L'attaquerait-il ? « Mais d'où sort cette beauf ? On m'avait dit que vous étiez fréquentables ? »

Elle sentait les larmes monter par précaution, et enragea contre sa faiblesse. Sa Faiblesse...
Inévitablement, la belle voix s'éleva. Romane se sentit compressée et la douleur s'éveilla en elle, vive et fulgurante.

« Exclusivement au bonheur de ces dames... »

# Posté le lundi 12 mai 2008 07:49

Modifié le mardi 13 mai 2008 12:09

A figure dressed in the finest attire That money can buy Laiden with assets to make an impression On a stranger's eye And he lives in a palace Surrounded by roses in a perfect picture He's in deep with the shallow He's fading cause he can't see the sky Who are you kidding mister? I can give you everything Who are you kidding mister? I can give you anything Who are you kidding mister? I'm so happy that i could sing, yeah Nobody, you're kidding nobody Nobody but you A dinner with twenty people you hate And they're hating you more Talking politely, it's all a show Tell me what is it for? And your laugh is tale-telling They follow but you know you're not a funny man The truth is the meaning And your life is that you wouldn't have one If you were poor Who are you kidding mister? I can give you everything Who are you kidding mister? I can give you anything Who are you kidding mister? I'm so happy that i could sing, yeah Nobody, you're kidding nobody Nobody but you Yeah. . . Such a shame, sir Such a shame Such a shame Who are you kidding mister? I can give you everything, yeah Who are you kidding mister? I can give you anything Who are you kidding mister? I'm so happy that i could sing, yeah Nobody, nobody, nobody, nobody Nobody but yourself X5 Nobody. . . Who are you kidding mister? I can give you everything Who are you kidding mister?I can give you anything Who are you kidding mister? I'm so happy that i could sing Nobody, kidding nobody Nobody but you Nobody, kidding nobody Nobody but you Nobody, you're kidding nobody

A figure dressed in the finest attire That money can buy Laiden with assets to make an impression On a stranger's eye     And he lives in a palace Surrounded by roses in a perfect picture He's in deep with the shallow He's fading cause he can't see the sky      Who are you kidding mister? I can give you everything Who are you kidding mister? I can give you anything Who are you kidding mister? I'm so happy that i could sing, yeah Nobody, you're kidding nobody Nobody but you      A dinner with twenty people you hate And they're hating you more Talking politely, it's all a show Tell me what is it for?          And your laugh is tale-telling They follow but you know you're not a funny man The truth is the meaning And your life is that you wouldn't have one If you were poor           Who are you kidding mister? I can give you everything Who are you kidding mister? I can give you anything Who are you kidding mister? I'm so happy that i could sing, yeah Nobody, you're kidding nobody Nobody but you       Yeah. . . Such a shame, sir Such a shame Such a shame          Who are you kidding mister? I can give you everything, yeah Who are you kidding mister? I can give you anything Who are you kidding mister? I'm so happy that i could sing, yeah Nobody, nobody, nobody, nobody Nobody but yourself X5 Nobody. . .       Who are you kidding mister? I can give you everything Who are you kidding mister?I can give you anything Who are you kidding mister?             I'm so happy that i could sing Nobody, kidding nobody Nobody but you Nobody, kidding nobody Nobody but you Nobody, you're kidding nobody
Sourire qui s'effaça.

Face à elle, le bras largement étendu sur le dossier d'une place vide, les jambes croisées, son épaisse chevelure fauve rejetée en arrière, Dimitri la toisait en retour.

# Posté le lundi 12 mai 2008 07:28

Modifié le lundi 12 mai 2008 08:03

Lucidité, superficialité, vénalité : toutes les qualités pour bien coller à la réalité. [Philippe Sollers]

« Désolée, mais c'est ma place. »

Romane, peu habituée à être dérangée de la sorte, car elle jouissait tout de même au lycée d'une réputation plus que correcte, et qu'on ne l'abordait généralement qu'avec prudence, sentit le naturel acquis depuis cinq ans de P... revenir en libérateur. Elle tourna lentement la tête et fixa avec froideur la blonde d'un mètre soixante dix aux yeux amandés et aux cheveux blond platine, aux lèvres finement glossées, aux sourcils trop épilés, aux cils surchargés et au teint fardé, et reconnut avec amusement son quotidien. Des visages pour des habits. Sans gêne elle détailla le débardeur Gap, le jean diesel et le sac Vuitton de la fille avant de ficher ses yeux qu'elle savait alors gris dans ceux de la nouvelle venue. Il n'y eut aucun malaise : elles étaient du même monde. Romane, sûre de son effet, prit son temps pour dire enfin :

« Ca ne te dérange pas si je reste là Je déteste être côté couloir : je suis rapidement malade. »

La fille un peu éberluée lui rendit un même sourire hypocrite quoique prudent et hocha la tête :

« Pas de souci. Je suis Marine, j'ai seize ans, et je te présente Sophie et Garance. On est là tous les étés depuis qu'on a onze ans, on est des habituées. Je pourrai te présenter du monde, si tu veux, ... ?
- Romane. C'est vraiment adorable, je ne connais personne. Vous êtes d'où ? »

A savoir : seizième, Neuilly, huitième, septième ? Quel lycée ? Traduction : quel monde ?

« Garance et moi on est à Neuilly à Sainte Croix. Et Sophie est à Fénelon dans le huitième.
- Je connais du monde là bas. Moi, c'est P... en première, Neuilly aussi.
- Non, c'est vrai ? Tu connais Intel ?
- Bien sûr.
- Il est chanmé ce mec, j'adore.
- A Sainte Croix il y a Intelle...
- Ouais elle est gentille.
- Et à Fénelon Intel, Intelle, Intelle.
- Les Intelles bien sûr. Enormes, sérieux, énormes ! »

Et on débitait le carnet d'adresse, et les trois filles se firent de plus en plus agréables et attentionnées. Romane prenait ses marques.

D'ordinaire, si elle avait un certain nombre d'amis, ses nombreux conflits avec Dimitri lui avaient fermé l'accès à la moindre popularité. Les gens craignaient plus Dimitri qu'ils ne la craignaient et on préférait encore l'ignorer. Du coup, elle était discrète. Mais dès qu'elle sortait du cercle où le jeune homme régnait en roi, Romane se voyait encerclée des dernières lécheuses, filles de bonne famille hautement dévergondées et superficielles, disons poufiasses. Elle était à l'aise partout, et s'entourer de ces filles-là, c'était s'entourer de tout le monde. Aussi rentra-t-elle dans leur jeu. Elles étaient comme les meilleures amies du monde.
Après deux heures de trajet à délirer sur rien, comme c'est l'usage dans ces fausses relations, les filles voulurent présenter leurs relations à Romane, qui ne se fit pas prier.
Après une ribambelle de nanas peinturlurées à l'excès, dont quelques visages connus croisés dans le seizième, ou à Neuilly, on arriva aux grappes de mâles.

Romane put finalement se rendre compte que Garance, Sophie et Marine étaient les filles les plus cotées du camp. Elles connaissaient tout le monde, tout le monde les connaissait, et elles avaient droit à tous les égards. « Tu veux manger un truc ? Viens t'asseoir avec nous. » De ce fait Romane reçut un fort bel accueil, d'autant que les trois poufiasses ne tarirent pas de compliments vaseux à son égard. On arriva au dernier compartiment, et entre les deux wagons, Marine, sans aucun doute le chef du petit groupe, arrêta la jeune fille :

« Romane, je te préviens. Les quatre garçons ici sont les quatre mecs, je veux dire les plus beaux, les plus stylés, les plus inaccessibles aussi. Parmi eux, il y a le mien. A savoir le mono : Seb. Pas touche, c'est la seule règle, d'accord ?
- T'inquiètes. »

Le ton de Romane ne rassura pas Marine.

Elles entrèrent quand même. Le regard de Romane accrocha quelque chose, par terre, et c'est tête baissée qu'elle entra dans le wagon, le visage penché sur le côté. Elle attendit que l'effusion des retrouvailles se calme, tout absorbée dans l'étude de ce qu'elle devina être une boucle d'oreille, et lorsqu'elle entendit son nom dans la bouche de Sophie, elle redressa la tête avec un sourire très étudié.
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# Posté le dimanche 11 mai 2008 15:40

Modifié le dimanche 11 mai 2008 15:52

Essence Amertume. Saveur d'ombre et sombre parfum Douce violence d'un vide de Tout, de Rien. Couleur acide, rafales de néant... Paix. Douceur vive, paresse; caresse sans faim, Souffle brûlant, espoir déçu, fluide aérien, Tourbillons noirs. Larme blanche. Brouillard épais. Silence Soupir d'envie, regrets, remords, baptême noir Orage muet et tonnerre sourd, Ravage. Barrage d'ocre parfum cerise. Azur... Horizon calme, impasse marbrée de soir Bourrasques et rêves d'évasion sauvage. Flou, eau, bruit, perle, nuageuse fissure... ...Absence...

Essence Amertume. Saveur d'ombre et sombre parfum Douce violence d'un vide de Tout, de Rien. Couleur acide, rafales de néant… Paix.  Douceur vive, paresse; caresse sans faim,  Souffle brûlant, espoir déçu, fluide aérien, Tourbillons noirs. Larme blanche. Brouillard épais. Silence Soupir d'envie, regrets, remords, baptême noir  Orage muet et tonnerre sourd, Ravage.  Barrage d'ocre parfum cerise. Azur... Horizon calme, impasse marbrée de soir  Bourrasques et rêves d'évasion sauvage.  Flou, eau, bruit, perle, nuageuse fissure... ...Absence...
De petite taille, elle se hissait sur des talons vertigineux et marchait avec beaucoup d'élégance. Car Romane était élégante, à défaut d'afficher le moindre style vestimentaire, chose fort répréhensible dans son beau quartier. Elle bénéficiait en effet d'une éducation très raffinée, et au premier regard, on lui trouvait certainement beaucoup de classe. Les cheveux volumineux et courts coiffés en arrière, la bouche petite et fine, le nez droit, les pommettes saillantes, le menton fier, l'allure et le maintien nobles, et les yeux aux couleurs changeantes, elle était une figure classique et une beauté par là même originale. Elle avait des traits somme toute assez communs mais ses yeux étaient fascinants. Soit d'un gris métallique ou très sombre, soit d'un vert aux nuances bronze, soit encore d'un bleu léger soulignant leur ombre, ils renfermaient le regard le plus vif (on le dit parfois agressif), lumineux et sombre à la fois, le regard intelligent et passionné, le regard douloureux d'une femme qui aime.

Elle songeait à s'évader. Un taxi, rappeler son chauffeur, annuler ? Et son inconstance l'agaça. Sa lâcheté, également. Cet été, elle avait pris sur elle de se prouver bien des choses. Des adolescents amassés là, elle était assurément des plus âgés : elle avait seize ans et en aurait dix-sept à la mi-août, et aurait juré qu'on lui en attribuait seulement quinze, voire quatorze. Désespérée par sa propre paranoïa elle secoua la tête en prenant son bagage de la façon la moins naturelle du monde, celle qu'on lui enseignait dans son milieu, au niveau du coude, le bras replié sur le sac. Mais Romane ne se souciait pas du ridicule ou du moindre jugement, car malgré sa timidité elle n'avait jamais eu à souffrir du mépris d'autrui : son caractère fort et son attitude générale intimaient une forme de respect. De plus, le groupe qu'elle fréquenterait cet été n'était pas du dernier rang social, on s'en était assuré.

Elle finit par repérer sa voiture et monta dans le train en quête du compartiment seize. Une fois là, elle visualisa la place quarante-huit. Son premier réflexe fut de s'étonner de l'inconfort des places. Elle se mordit la lèvre : elle n'était pas en première classe. Pas de gaffe, Romane. Elle prit place côté fenêtre, indifférente qu'il s'agît de la place quarante sept, et envisagea les deux places qui lui faisaient face. Elle souhaita vraiment passer un bon séjour, et n'eut plus le temps de tergiverser :

# Posté le dimanche 11 mai 2008 15:23